Revue de la B.P.C.                                        THÈMES                                                         I/2012
 
http://www.philosophiedudroit.org
 
Mise en ligne le 13 janvier 2011
______________________________________________________________

 

30 ème anniversaire 2012
du Centre de philosophie du droit
de l’Université Montesquieu Bordeaux IV
 
     Rétrospective et prospective

 

 

 

 

Le Centre a été créé en 1982 par le prof. Jean-Marc Trigeaud, membre du comité de direction des Archives de philosophie du droit, sous la forme d'un démembrement de la revue rattachée à l'université de Paris II, éditée par Dalloz-Sirey, financée par le CNRS, et alors placée sous la présidence du prof. Michel Villey, rédacteur en chef. Ce furent les prof. Michel Villey et conjointement Henri Batiffol, de l’Institut, qui en firent la suggestion. En dehors du champ local, publicité en fut aussitôt donnée dans les colonnes des Archives et autres revues de la discipline à l’étranger. Après la disparition de Michel Villey, suivie quelque deux ans après, de celle d’Henri Batiffol, le prof. François Terré (de l’Institut) devait prendre la direction des Archives, en faire plus directement l’organe de l’Association française de philosophie du droit et donc de l’Association internationale IVR (Internazionale Vereinigung für Rechts und Sozial Philosophie, siégeant à Helsinki), et le prof. Trigeaud devait devenir à son tour rédacteur en chef aux Archives à partir de 1990 tout en étant membre du comité d’administration de l’Association. En attendant ces années, le centre bordelais avait marqué au début, jusqu’en 1985, un rattachement direct à l’IVR dont il était l’antenne.

Accueilli comme centre interne de l’université de Bordeaux I, et de forme initiale associative avec cotisations de membres réunissant presque une cinquantaine de noms à Bordeaux, le Centre de philo du droit fut ainsi le premier en France de cette nature. Sa structure était composée de Jean-Marc Trigeaud en lien avec le prof. Michel Adam (section de philo de Bordeaux III et président de la Société bordelaise de philosophie) ; le secrétariat en était assuré par Marie-Christine Wild, chargée de TD de droit privé, doctorante en philosophie du droit (mise en relation spécifique avec le prof. Jean Carbonnier au Centre de sociologie du droit de Paris II), et il était aussi en lien avec quelques consulats ou centres culturels étrangers et en particulier avec le Goethe Institut.

Cette petite unité a suscité l’acquisition, soutenue par un financement de l’université, d’un fonds de bibliothèque qui est aujourd’hui conservé dans la salle de droit privé (sous la responsabilité à l’origine de Mme Carole Grard grâce à laquelle il a pu être constitué en catalogues et en fiches, géré et augmenté) ; ce fonds a pu aussi s’enrichir de divers dons en service de presse.

Mais le rôle du Centre a été surtout de recevoir et d’envoyer de multiples ouvrages de toutes langues en recensions critiques et de contribuer à l’élaboration d’articles de fond, qu’ils aient été sollicités, provoqués ou acceptés après lecture, comme à la préparation de conférences lors de colloques co-organisés dans la mouvance soit des Archives de philosophie du droit, soit de Filosofia Oggi, soit d’autres revues internationales étrangères (v.g., Rivista internaz. di filosofia del diritto, Rome ; Persona y Derecho, Pampelune/Madrid, ARSPh, Stuttgart….), soit d’institutions ou d’académies internationales (Institut international d’études européennes de Bolzano-Bozen, Fond. L’Arcipelago, Real Acad. – Madrid, Acad. Nac. de Cordoba, Arg, …). Plus de deux cents auteurs auront ainsi été publiés à partir de ses initiatives. D’autres liens avec des revues françaises indiquaient des collaborations par appartenance de même esprit, par exemple au lendemain des années 85 avec la revue Droits des PUF dirigée par le prof. Stéphane Rials ou avec la Revue de la science juridique et des facultés  de droit de la LGDJ elle aussi sous sa responsabilité.

En 1985, enfin, ce fut la création par le prof. Trigeaud, en association avec les prof. Ottonello et Raschini (Institut de philosophie de Gênes) et Sanchez de la Torre (Madrid complutense, vice président de l’Institut d’Espagne) de la Bibliothèque de philosophie comparée, dont les collections : Philosophie du droit, Philosophie politique, Essais, Classiques, ont été essentiellement tournées vers la philosophie du droit et la philosophie politique, aux éditions bordelaises Bière (vieilles éditions universitaires nées en 1911). Parmi les personnalités qui viendront appuyer cette entreprise, l’on compte notamment les prof. Miguel Reale (Saô Paulo, ancien prés. de l’IVR, « père » du Brésil moderne), Giovanni Ambrosetti (Modène et Padoue, malheureusement disparu trop tôt), Luigi Bagolini (Bologne, ancien prés. de l’univ.) et Hans-Albrecht Schwarz-Liebermann von Wahlendorf (Hambourg/Birmingham , ancien dir. pol. de l’Otan).

D’autres évolutions ultérieures tiennent à deux séries de facteurs : d’un côté, elles sont tributaires des distances apparues au cours des temps et distendant les liens anciens quand il ne s’est pas agi de fermes démissions en conséquence de désaccords intellectuels, idéologiques et moraux (retrait intempestif de l’Institut de Bolzano et quasiment au même moment de l’IVR en 1989, puis des Archives à partir de 2005) ; d’un autre côté, elles doivent à l’arrivée de plus jeunes chercheurs, ainsi le prof. Alexandre Zabalza à partir de 2001, renouvelant la réflexion sur une philosophie de la nature et de la terre à l’aube des préoccupations du développement durable (le centre n’ayant jamais cessé de réactualiser par ailleurs, et encore récemment, la question du rapport des personnes et de la notion de personne elle-même à celle de chose et de propriété qu’il a très tôt introduite sous un angle personnaliste dans la théorie française) ; Me Aymeric d’Alton, nostalgique de son retour à l’aire new-yorkaise du côté de la Fordham, qui ne l’a jamais détourné du spiritualisme anti-objectiviste de l’école russe ; et ces évolutions doivent en même temps à une génération de doctorants, postérieurs à 2005, aux préoccupations diversifiées, et à l’exigence spéculative et réflexive située au croisement du droit privé et de la science politique, comme elles sont redevables aussi à la mise en place du présent site internet et de sa revue Thèmes qui a accueilli depuis 2001 plus d’une centaine de contributions, même si sa très inégale production demeure informelle, voire souvent extra-disciplinaire. Ce sont enfin parfois de fortes secousses comme l’affaire des deux guerres d’Irak et comme l’émergence d’aspects inédits de la discrimination d’État et de néo-racismes à l’égard notamment des religions et des cultures qui ont provoqué de manière inattendue de nouveaux débats critiques. Il y eut aussi les tremblements du 11 septembre et l’atteinte portée à une université amie, la Pace University à Manhattan par l’intermédiaire de la prof. Virginia Black, directrice de la revue Vera Lex où avait été publié bien avant le texte sur « le mur dans la Cité », touchant un milieu sociologique qui restera jusqu’au bout dans le ferme rejet de réactions politiques et guerrières de récupération d’intérêts qui ont enflammé une autre partie de l’Amérique d’alors.

Suivant le même axe, le centre a été sans cesse animé d’une inspiration métaphysicienne d’ouverture pluri-culturelle, et fixé avant tout sur le sens de l’identité de la personne  « universel singulier » comme sur le respect inconditionnel de ses droits malmenés par les politiques d’exclusion invoquant l'alibi de droits trop généraux et trop abstraits ; et des réorientations permanentes lui ont été imprimées à travers les travaux de chacun, en particulier dans le domaine criminel ou pénaliste. De nouveaux horizons, qui apparaissent de plus en plus affranchis de nos jours des cadres institutionnels et étatiques traditionnels, pourraient consister à renouer également, à la faveur d’un prochain volume de la collection Essais impliquant des métaphysiques classiques plus orientales, avec une thématique esthétique traitant d’un sentiment du juste à contenu intellectualisable à travers les mythes et religions. C'est faire écho à une approche de critique esthétique développée jadis à l’époque du colloque mondial d’Helsinki en 1981 et qui n’aura cessé d’être cultivée depuis, mais dans la défiance à l’égard de tout subjectivisme et en en exploitant constamment les données en vue d’approfondir l’interprétation des droits transversaux de la personne. De même, le souci d’une justice sociale éprouvée par une prétendue crise alimentant de nouvelles formes d’oppression économique et de domination politique, et entraînant de fait bien des désastres matériels et humains, doit persister plus que jamais dans la conscience de tous les acteurs que rassemble ce foyer de réflexion de manière à pouvoir porter des diagnostics de pensée lucides et exigeants.

****

Le centre a donc stimulé directement ou permis les publications en revues ou collections éditoriales en France et à l’étranger de très nombreux auteurs (le plus souvent d’autres universités françaises et étrangères, mais de beaucoup de Bordelais aussi, philosophes ou juristes de droit privé ou public, historiens du droit, politistes ou linguistes…). La rédaction scientifique des Archives de philosophie du droit chez Dalloz Sirey s’est en partie organisée à partir de lui durant plus d’une vingtaine d’année ; des liens étroits avec un certain nombre de périodiques internationaux ont donné lieu régulièrement à échanges de travaux et de collaborations ; des responsabilités européennes ont aussi provoqué le développement de ses activités de publications internationales : il en va ainsi de la « Recherche européenne sur les catégories de la justice » dirigée par le prof. Trigeaud, (sous la présidence générale de la prof. Raschini quant à l’ensemble des sections), au siège de l’université de Gênes, en philosophie juridique et politique, recherche qui a engagé une série de colloques et qui a suscité une collection éditoriale comportant divers volumes aux éditions Japadre à Rome/L’Aquila. Y ont collaboré des noms cités plus bas, auxquels l’on doit ajouter également ceux des prof. Henri Batiffol, J. Marie Van der Ven (Utrecht), Peter Stein (Cambridge), Alvaro d'Ors (Pampelune) et Franco Todescan (Padoue).

La création en 1985 de la Bibliothèque de philosophie comparée aux Éditions Bière en lien direct avec l’université complutense de Madrid (Département de philosophie du droit) et de l’Institut de philosophie de l’université de Gênes ainsi que de l’Institut international d’études européennes de Bolzano/Bozen (pendant les années où le prof. Trigeaud figurait à son administration) a débouché sur quatre collections et sur la parution de plus d’une trentaine d’ouvrages fréquemment en traduction française ou en re-publication d’éditions étrangères, provenant de financements privés ou institutionnels étrangers ou internationaux type Unesco ; certains de ces textes comme certains articles du site internet BPC sont toujours au programme de cursus universitaires.

Le Centre a assuré la réception en visite et séjour à Bordeaux de bien des auteurs, également accueillis par les institutions municipales (prix de la Ville de Bordeaux), consulaires (en lien avec les ambassades) ou culturelles étrangères (Italie, Espagne, Allemagne, USA, Brésil, Portugal, Suisse, Grèce …) ou les libraires (enregistrements de conférences au salon Albert Mollat, rue Vital-Carles, suivies parfois de débats avec la presse), à l’occasion de publications dans son aire (à la BPC par exemple) ou chez d’autres éditeurs (François Terré chez Flammarion). Il compte un doctorat honoris causa lors du Bicentenaire Montesquieu au Grand-Théâtre de Bordeaux : celui d’Angel Sanchez de la Torre. Il n’a cessé d’être également en rapport de collaboration avec les autres universités bordelaises, pendant quelques années avec l’UFR de philosophie de Bx III et le CRDP de l’Académie (sous forme d’échanges d’étudiants et de séminaires ou conférences) ou avec l’UFR d’anthropologie de Bx II ; il a été au carrefour, à un moment donné, première expérience française en tout cas, d’échanges interconfessionnels, que ce soit entre les trois religions du Livre, et ou entre confessions chrétiennes (conférences publiques bordelaises, notamment au Collège St Dominique (d’ailleurs co-créé en 1986 par les prof. Gélibert (philosophe indianiste de Bx III) et Trigeaud), ou au Centre protestant du Hâ et à l’Amitié judéo-chrétienne, ou encore à l’Association musulmane Averroës ; colloques parisiens – « Droit et Religion » à la Maison de la Chimie – ou romains – « Droit et fondamentalisme » à la Lumsa ou interventions à la Congrég. Pro Vita ou au Congrès thomiste international vatican). Enfin, le Centre a plus généralement participé à la préparation de divers colloques internationaux au comité desquels il figure, quand il n’en a pas été l’artisan principal justement à Paris et à Rome. Il a tissé de multiples liens avec les universités les plus lointaines auprès desquelles se sont trouvés parfois accueillis d’anciens étudiants ou doctorants bordelais (de la complutense de Madrid à la Fordham de New York) comme avec un réseau éditorial internationalement étendu.

Le Centre a ainsi accueilli entre autres, et parfois à plusieurs reprises : François Terré, Angel Sanchez de la Torre (E), Pier Paolo Ottonello (I), Maria Adelaide Raschini (I), Tomaso Bugossi (I), Hans-Albrecht Schwarz Liebermann von Wahlendorf (UK/D), Miguel Reale, Paul Rostenne (B), Zdenek Krystufek (anc. co-dirigeant de la Tchécoslovaquie communiste (Usa)), Simone Goyard-Fabre, Gilbert Romeyer-Dherbey, Olsen Ant. Ghirardi (Acad. Arg.), Michaël Khoeler (doyen Hambourg), Michel Bastit, Terence Watson (UK), Javier Fr. Caballero (E), Luca Parisoli (I) ; Renato Rabbi Baldi-Cabanillas (Arg.), Pierre Caye, Simone Geoffroy-Poisson ; Katsuhisha Izuka (Jap.), Paulo Ferreira da Cunha (P), Dominique Terré-Fornacciari, René Sève, Marianne Frison Roche, Hans Rapp (D), Johannès Strangas (G), Sheldon Leader (UK), Bruno Montanari (I), Fabio Bacchetta Cattori (CH), Ettore Bonessio di Terzet (I), Michaël Antonov (Russie), Elisabeth Kessler (F.Us), Michela Marzano (I), Vladimir Veverka (CZ), Anton Perenic (Slo), Salvatore Amato (I), Umberto Muratore (I), Denis Cleary (UK), Julio Raul Mendez (Arg.), José Guilherme Merquior (Brésil/ambas.), Candido Mendes (Brésil/Unesco), Bernard Jackson (UK), Joseph Koterski (N.Y.), Stamatios Tzitzis, Naoki Kanayama (Jap.), Mohamed Bassiouni (Egypte), Mohamed Habdelhamid (Egypte) …

 

 

 

Organigramme

Directeur, Jean-Marc Trigeaud (Bx IV) ; directeur adjoint, Alexandre Zabalza (Bx IV) ; secrétaire, Philippe Kellerson (Bx IV)

Comité d’honneur, Comité scientifique etc., consulter le site internet de la BPC : www.philosophiedudroit.org

Doctorants : Nabil Bouadjila (Univ. Tagaste, Algérie), Mathilde Briard (Bx IV), Aurélien Dupend (Bx IV), Elise Farine (Univ. du Maine), Guillaume Guyet (Univ. Bx IV), Sabine Kadem ( Bx IV), Philippe Kellerson, Nicolas Tomc, Anita Vaivadé (Riga, LV)

Lien étudiants droit/philo :   Honorine Labrouche (Bx IV/Bx III) ; Emmanuel Galleriu (Paris I philo/Bx IV)

Lien ISC (instit. sc. crim.) Bx IV : Marion Lacaze

 

       En dehors des équipes parisiennes successives, ont aussi appartenu au centre bordelais par la préparation de leur thèse ou par leur présence active : Aymeric d’Alton, Bérangère Ader, Michael Sebban, Mohamed Fayez Hussien (Alexandrie), Vincent Guérin, Laurence Clarke de Dromantin, Emmanuelle Chaminade, Marselline Pastel, René Quan Yan Chi ; mais aussi donc… : Hélène Albert, Marie-Thérèse Sarton du Jonchay, Marie-Cécile Montoriol, Emmanuel Rocher (1997 †,  aura traduit trois ouvrages et organisé le colloque international « Autour de Rosmini » à Bordeaux en 1995), Cécile Cosculuela …

 

 

_______________________________________________________________________

© THÈMES, revue de la B.P.C., I/2012, mise en ligne le 13 janvier 2012