BIBLIOTHÈQUE DE PHILOSOPHIE COMPARÉE
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La robe de pourpre
Vie d’Antonio Rosmini
Il manque un
dernier chapitre à cet ouvrage : en effet, un événement survenu le jour même de
l'anniversaire de la mort d'Antonio Rosmini, le 1er juillet 2001,
marque un pas décisif dans la résolution de "la question rosminienne"
: une Note du Vatican réhabilite enfin pleinement l'œuvre de Rosmini et
s'exprime avec fermeté sur le décret Post Obitum de 1887, qui condamnait
40 propositions tirées de la parution posthume d'une œuvre de Rosmini, jetant
le trouble dans la communauté scientifique d'alors. Une certaine consigne de
silence peut être levée : l'on ne pourra plus désormais se fonder sur un texte
ancien et dépassé pour apprécier l'œuvre d'un Rosmini dont le procès de
béatification est solennellement ouvert.
A cette occasion,
la Civiltà Cattolica, organe éditorial de la Compagnie de Jésus,
qui avait précisément provoqué le décret Post Obitum, publie des
articles substantiels afin de revenir sur son attitude passée à l'égard de la
pensée rosminienne et présente une analyse rétrospective des mésaventures du
rosminianisme et des malentendus dont il a été victime.
La parution de cette biographie au 2° trimestre 2000 n'a donc pas permis l'évocation de cette suite heureuse, que l'auteur se réserve d'écrire ultérieurement, (publication sur ce site) afin de donner toute sa force à la vérité.
Cf. la traduction française de ces documents sur ce site:
"La fin de la question rosminienne"
Centre français d'études rosminiennes :
Avant propos
Livre I
Chap. 1. Le bel enfant du palais Rosmini
Chap. 2. Il povero Antonio
Chap. 3. D’une belle aisance à l’humble
vocation
Chap. 4. Une correspondance amicale ou un
traité de philosophie ?
Chap. 5. Il vocabolario
Chap. 6. L’illumination de l’avenue Terra
Livre II
Chap. 1. À l’université de Padoue
Chap. 2. Rovereto, les années du choix
Chap. 3. Un avis décisif, un cadeau
malicieux
Chap. 4. O mia diletta Italia !
Chap. 5. Manzoni et Rosmini
Livre III
Chap. 1. Il Monte Calvario
Chap. 2. Carême 1828, in silencio
Chap. 3. « Ma vocation est
ordinaire »
Chap. 4. Au pays natal : une
première mission difficile
Chap. 5. Une abbaye en France et trois
missionnaires en Angleterre
Chap. 6. In bonum Ecclesiae
Livre IV
Chap. 1. Une histoire complexe
Chap. 2. Une estafette du ministère sarde
pour une mission à Rome
Chap. 3. Où l’on parle du cardinalat
Chap. 4. Un projet de Confédération signé
Rosmini
Chap. 5. Rosmini, Consulteur à la
Congrégation de l’Index
Chap. 6. Rosmini, premier ministre d’un
jour
Chap. 7. À l’Index
Chap. 9. Delle cinque piagghe della
Santa Chiesa
Chap. 10. Un pénible constat
Chap. 11. Auctor laudabiliter se
subjecit
Chap. 12. Magnificat
Livre V
Chap. 1. Une force muette dans
l’espérance
Chap. 2. Nihil censura dignum
Chap. 3. Adorare, tacere, godere
Chap. 4. Quelques prolongements
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Ce livre propose simplement une vie de saint.
Il en décrit le parcours et essaye de montrer comment les plus petits
événements y prennent une dimension symbolique. Le récit comporte des aspects
tragiques et émouvants, liés à diverses péripéties, mais il ne saurait faire
apparaître Rosmini comme une sorte de héros romantique. C’est dans l’humilité
et dans la patience, dans le refus de l’amour-propre, que Rosmini accepte les
pires situations qui vont mettre à l’épreuve jusqu’à ses attachements humains
les plus élevés. Il a ainsi montré par sa vie « comment l’on devait se sacrifier pour l’Église et pour son
vrai bien » dit Jean-Paul II .……..……………………………… Avertissement, J.-M. Trigeaud, p. 4
Antonio Rosmini (Rovereto 1797 –
Stresa 1855), sans doute le plus important philosophe italien. Et l’un des principaux
maîtres de l’histoire de la philosophie catholique.
Environ 120 volumes : une œuvre
monumentale au plan théologique et métaphysique, mais aussi psychologique,
logique, éthique, juridique, politique. Dans une mouvance platonicienne et
augustinienne, il renouvelle une tradition thomiste décadente et prend une
orientation personnaliste. Personnaliste, en un sens totalement inédit dans la
modernité, même en milieu chrétien, il préfigure les courants de l’expérience
vécue, de la solidarité du pensé et du senti, et de « l’être dans le monde
» ; il intègre et dépasse l’empirisme et le sensualisme, la philosophie
des Lumières et surtout l’idéalisme kantien et hégélien.
Mystique fondateur d’ordre et engagé
social et politique, il promeut un ordre religieux (encore existant) qu’il crée
avec l’appui de Grégoire XVI, sans séparer « la charité matérielle »
de la « charité intellectuelle » : le « faire la
vérité » d’un évangélisme radical qui assume toute l’activité de l’esprit.
Les missions rosminiennes provoqueront en Angleterre, puis en Amérique du Nord,
la résurgence catholique.
Le plus souvent, il passera pour
progressiste. A cause de sa connaissance des auteurs rationalistes dont il
dévoile cependant sans complaisance les limites et les prolongements
« associatifs ». Mais parce qu’il est aussi un témoin lucide des
compromissions et des excès des partisans du pouvoir temporel de l’ Église,
sous l’ascendant de l’Empire austro-hongrois, et parce qu’il est un défenseur
des plus faibles, y compris des victimes lointaines du mercantilisme libéral.
Correspondant de l’Institut de France,
ami de Victor Cousin comme de Lamennais et de Lacordaire, Ministre et même
Premier ministre, auteur d’un projet de Constitution fédérale pour l’Italie et
pour l’Europe, acteur du Risorgimento, quoique très méfiant à l’égard
des égoïsmes nationalistes, dans l’intimité des Papes successifs qui voient en
lui le penseur de référence et qui l’encourage très vivement, il devient la
cible de la réaction catholique pilotée par l’extrémisme autrichien ;
étouffé, calomnié, humilié – le procès de ses livres de son vivant aboutit à un
Dimittantur imposant l’ordre papal de ne plus les remettre en cause à
l’avenir – ; après avoir échappé aux pièges d’un emprisonnement, il disparaît
dans des conditions encore troubles, et son ami, le poète Manzoni reçoit ses
derniers mots exhortant alors à une résignation silencieuse : « adorare
,tacere, godere ».
Son influence est latente sur beaucoup de
mouvements philosophiques et de sciences humaines au XXème siècle ;
elle s’exercera de même sur le Concile de Vatican II et à travers la
personnalité de Jean XXIII. Et ce ne sera pas la première fois que Jean-Paul II
met son nom explicitement en avant. Il est enfin significatif que la réflexion
universitaire et culturelle s’y attache récemment, et que la société civile
italienne tous horizons confondus lui ait rendu un hommage solennel sans
précédent lors du bicentenaire de sa naissance.
Le cas Rosmini illustre parfaitement le
mode de persécution qui frappe aux temps modernes toute exigence intellectuelle
et caritative de vérité philosophique et chrétienne poussée jusqu’au témoignage
absolu. 4ème.
Une vie qui commence sous la lumière de
l’innocence pour s’achever « sous le soleil de Satan ».…………J.-M.
Trigeaud, 4ème p. de couverture
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EXTRAIT
Dans la chambre, l’atmosphère était comme
envahie d’un lourd silence. Paoli et Carli tentaient par mille attentions de
distraire le malade des douleurs qui devenaient de plus en plus lancinantes. En
vain, les progrès du mal étaient inexorables, et les médecins assistaient,
impuissants, à la funeste détérioration de l’état du malade qui subissait tout
sans une plainte. « Père, lui dit à un moment Paoli, le docteur Pogliagli
vous a apporté une meilleure médecine! » Rosmini releva aussitôt
l’allusion : « Quoi! Manzoni est ici? Pourquoi l’avez-vous fait
attendre? Amenez-le moi tout de suite! » Et on alla chercher Manzoni et
Pestalozza.
- Mon cher ami,
comment vous trouvez-vous? demanda Manzoni après n’avoir rien dit un instant.
- Je suis dans
les mains de Dieu et, par conséquent, je suis bien. Mais vous, cher Manzoni,
vous venez de Stresa par ce mauvais temps, à peine remis de votre maladie? J’ai
peur que vous en souffriez.
- Espérons que le
Seigneur vous conservera à notre affection et vous donnera le temps de terminer
les nombreux ouvrages que vous avez commencés ; votre présence parmi nous
est plus que jamais nécessaire.
- Non, personne
n’est nécessaire à Dieu. Les ouvrages que Dieu a commencé, Il les achèvera par
les moyens qui sont dans ses mains et ils sont multiples : c’est un abîme
dans lequel nous ne pouvons regarder que pour adorer. Quant à moi, je suis tout
à fait inutile, je crains plutôt d’être un obstacle, et cette crainte, non
seulement me fait accepter la mort avec résignation, mais me la fait désirer.
- Ô, pour l’amour
du Ciel, ne parlez pas ainsi! Qu’allons-nous faire?
Manzoni, ébranlé, saisit la main de l’ami
qui s’en allait, et qu’il voulait retenir. Mais sur le visage ravagé par le
mal, et peut-être plus encore par le temps qui ne lui avait rien épargné et qui
s’achevait d’un coup, un sourire lumineux semblait s’adresser à un autre. Et
Antonio Rosmini, dans un ultime mouvement des lèvres, brisa les derniers
liens :
-Adorare, tacere, godere…………………………………..p. 317