BIBLIOTHÈQUE DE PHILOSOPHIE COMPARÉE

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PIER PAOLO OTTONELLO

 

Structure et formes du nihilisme européen

Essais introductifs

 

Traduit de l’italien par Jean-Marc Trigeaud et Emmanuel Rocher

 

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TABLE DES MATIÈRES

 

Préface

Introduction

 

CHAP. I – Nihilisme et réduction

                1. La positivité du « nihil » : création et fondation du fini

                2. Étantification du « nihil » et dialectique de la réduction

                3. Histoire et éternité

                4. Nihilisme et absolutisation négative

                5. Nihilisme et réduction

 

CHAP. II – Sur le concept de modernité

 

CHAP. III – Sur le concept de décadence

 

CHAP. IV – Histoire et progrès

 

CHAP. V – Mythe et transformation

 

CHAP. VI – Fantaisie et imagination

 

CHAP ; VII – Déclin du paysage

 

CHAP. VIII – Nihilisme et athéisme

 

CHAP. IX – Europe et nihilisme

 

 

 

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EXTRAIT

 

Aussi près que se tourne le regard philosophique, il porte d’autant plus loin ; pour pouvoir voir, l’itinéraire du « voir » doit être parcouru : rien ne nous fait mieux voir l’instant immédiat que l’instant de l’origine comme origine radicale de l’immédiat lui-même, rien de nous permet mieux de voir, moins superficiellement, la situation de la pensée contemporaine et de l’Occident que ses origines et donc ses connexions avec l’Orient. Ainsi n’importe quel immédiat de la pensée contemporaine a un sens uniquement dans le rapport –positif ou négatif : rapport que l’on doit attribuer ou prêter, d’autant plus intrinsèquement pour lui-même qu’un tel immédiat en est privé ou est privé d’une conscience suffisante de soi et s’est donc déshistoricisé –avec son origine la plus radicale, lointaine dans le temps et paradoxalement plus proche dans la pérennité de la pensée. L’intégrité du regard sur le contemporain coïncide avec la détermination de la dialectique positiviste de l’eros et du logos comme mesure même de la consistance philosophique et culturelle de la contemporanéité……………………  …………...……Introduction, p. 9

 

La structure de la décadence correspond à la structure de la chute et de la conscience de la chute comme chute de la conscience, c’est-à-dire comme mauvaise conscience. Le propre, en fait, de la mauvaise conscience est le destin persécuteur de la régression à l’origine de soi comme chute, qui suit la trace des « débris » de la conscience désintégrée dans la chute, pour en construire l’alibi et la dissimulation et pour la simuler par là comme tout autre, ou comme un acte du progrès de l’auto-libération. La dialectique négative et auto-négative de la décadence projette ainsi sa propre négativité radicale en simulant l’alibi d’un positif du nier, en révélant la structure propre d’ambiguïté dialectique de l’alibi et de la simulation qui, afin de subsister comme tel, a précisément besoin de la vengeance de feindre un positif comme malédiction même. La dialectique d’alibi et de simulation est la dialectique du préjugé que la décadence, comme violente rébellion auto-destructrice, fait exploser comme volonté de scandaliser. La volonté du scandale est la vengeance de la malédiction de la perte fatale et irréversible de la possibilité de se scandaliser : la décadence, devenue impuissante à la possibilité du scandale parce qu’impuissante à la possibilité et seulement « puissante » comme « impossibilité », est précisément nécessaire. Le fait de se scandaliser – le fait de se scandaliser de soi et de sa propre impuissance – est la simulation du fait de se scandaliser et l’alibi de l’impuissance au scandale : car se scandaliser est se poser et se posséder comme possibilité, comme possibilité de la possibilité, c’est-à-dire comme volonté de choix, tandis que la décadence se scandalise de soi seul dans l’impuissante volonté de l’auto-reflet satisfait et inerte, morbide et excité, de la nécessité propre de l’impuissance. L’impossibilité de se scandaliser accomplit donc sa vengeance comme volonté de scandaliser, ou d’attirer ce qui est la possibilité de scandale dans les filets de l’impossibilité : c’est l’agonie qui s’agite dans la simulation hallucinée de la puissance tyrannique de possession e la possibilité, pour nier sa négation. La possibilité comme possibilité de scandale implique en fait une dialectique de sensibilité du scandale, en provoquant le scandale, à travers la pure insensibilité de la pure volonté de scandale, jusqu’à ce que la possibilité d’être scandalisé ne nie pas sa propre dialecticité, c’est-à-dire ne se nie pas comme négation, comme dialectique de la nécessité, de l’impossibilité de se scandaliser, donc comme l’adialecticité de la décadence……………………………………p. 41

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Pier Paolo Ottonello, né à Gênes en 1941, est depuis 1975 professeur d’Histoire de la philosophie et directeur du département d’histoire de la pensée européenne à l’Université de Gênes, dont il est le doyen. En dehors de diverses collections de philosophie, il dirige quatre périodiques internationaux : Filosofia Oggi (revue trimestrielle fondée en 1978 et organe de la Société internationale pour l’unité des sciences, l’Arcipelago), la Revue rosminienne de philosophie et de culture (la plus ancienne revue de philosophie italienne, fondée en 1907, Stresa, éd. Sodalitas), les Études sciacciennes et les Études européennes (Florence, éd.Leo Olschki). Il est l’auteur de plus de quatre cents publications dont une trentaine de volumes parmi lesquels :

 

Dialogue et silence, Milan, 1967

L’être initial dans l’ontologie de Rosmini, Milan, 1967

Heidegger et la signification de la décadence, Gênes, 1971

Kierkegaard et le problème du temps, Gênes, 1972

L’existentialisme français, russe et italien, Milan, 1974

Irrationalisme et scepticisme, Milan, 1974

L’actualité de Rosmini, Gênes, 1978

Culture et décadence, Gênes, 1978

Structure et formes du nihilisme européen, 4 vol., L’Aquila-Rome, 1987,1988

Du ciel et de la terre, Gênes, 1988

L’ontologie de Rosmini, L’Aquila-Rome, 1989

L’homme « équivoque », Gênes, 1991

Sciacca et la renaissance de l’Occident, Venise, Marsilio, 1995

La barbarie civilisée, Venise, Marsilio, 1998

Rosmini, l’idéal et le réel, Venise, Marsilio, 1999

Traductions : Rosmini, s. Jean de la Croix

 

Avec son épouse Maria Adelaide Raschini récemment disparue, il est une figure marquante de la pensée européenne d’aujourd’hui.