BIBLIOTHÈQUE
DE PHILOSOPHIE COMPARÉE
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ROSMINI
Philosophie de la politique
Première édition française, publiée avec le concours du Comité National Italien pour les célébrations du Bicentenaire de la naissance de Rosmini (Ministères des Biens culturels et de l’Instruction publique), CISR-Stresa (I).
Traduit de
l’italien par Jacqueline Plaisance-Léglise
Introduction
Jean-Marc Trigeaud
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De la raison
sommaire par laquelle les sociétés humaines se maintiennent ou disparaissent
Chap.
I : Du premier critère politique
Chap.
II : Universalité et nécessité logique du critère proposé
Chap.
III : Le premier critère confirmé par l’histoire
Chap. IV :
Suite. Le premier critère politique appliqué aux deux lois fondamentales des
sociétés civiles, celle de la propriété et celle des mariages
Chap. V :
Comment doivent être contrôlés le respect de l’Antiquité et l’amour pour les
innovations utiles
Chap. VI :
Sens de la règle qui veut qu’une société doit être ramenée souvent à son début
pour qu’elle dure
Chap. VII :
Application de notre critère aux quatre âges
Chap. VIII :
Les sociétés sont guidées par une raison pratique et par une raison spéculative
Chap. IX :
Suite. Explication des conquêtes
Chap. X :
Application du critère politique à la raison spéculative des individus
influents
Chap. XI :
Rapports entre l’action de la raison spéculative des individus et l’action
simultanée de la raison pratique des masses dans la chose publique.
Chap. XII :
Ce que sont la substance et l’accident dans la vie sociale
Chap. XIII :
Éléments des deux forces sommaires qui animent la société
Chap. XIV :
Trois systèmes exclusifs et donc défectueux
Chap. XV :
Formule unique à laquelle se réduit tout système politique
Chap. XVI :
Ce qui forme l’élément substantiel de la société se déplace et loi de ce
déplacement
Chap. XVII :
Conclusion
LIVRE PREMIER –
La société
Chap. I : Des liens de l’homme avec
les choses et avec les personnes
Chap. II :
Du lien social
Chap. III :
Du lien d propriété et de domination
Chap. IV : Du
droit de nature comme le concevaient les auteurs du siècle dernier
Chap. V : De
la bienveillance sociale et de l’amitié
Chap. VI :
De la liberté sociale
Chap. VII :
Suite
Chap. VIII :
De l’égalité sociale
Chap. IX :
De l’ordre social
Chap. X : Du
droit social
Chap. XI :
Du droit extra-social
Chap. XII :
La morale modère et réconcilie le droit social et le droit extra-social
Chap. XIII :
De la société invisible et la société visible
Chap. XIV :
Suite
LIVRE DEUXIÈME –
La fin de la société
Chap. I : La
fin de la société doit être un bien vrai et humain
Chap. II :
Du bien humain
Chap. III :
Suite. Le bien humain ne se trouve pas dans les plaisirs spécifiques, mais dans
l’accomplissement
Chap. IV :
Suite. Deux éléments de l’accomplissement
Chap. V :
Distinction entre la fin ultime et la fin prochaine de la société
Chap. VI :
Suite. La fin lointaine est
intérieure ; la fin prochaine peut être en partie extérieure
Chap. VII :
Critère politique tiré de la relation des deux fins de la société
Chap. VIII :
L’erreur de ceux qui tendent à matérialiser la société
Chap. IX :
De la fin prochaine déterminée et de la fin prochaine indéterminée de la
société
Chap. X :
Des devoirs du gouvernement social
Chap. XI :
Des droits de l’homme
Chap. XII :
Des conflits possibles entre les droits de l’homme
Chap. XIII :
Exemple de violation des droits de l’homme
Chap. XIV :
De l’indépendance
Chap. XV :
Des partis politiques
LIVRE TROISIEME –
Comment la fin prochaine de la société civile indéterminée en théorie se
termine dans le fait
Chap. I : La
fin prochaine indéterminée de la société civile est déterminée dans le fait par
la raison pratique des masses et la
raison spéculative des individus
Chap. II :
De la bonne santé et de la corruption de la raison pratique des masses en des
temps antérieurs à l’institution de la société civile
Chap. III :
De la bonne santé et de la corruption des masses aux quatre âges des sociétés
civiles
Chap. IV :
Cas particulier
Chap.
V : De la somme d’intelligence qui
fait se mettre en mouvement la raison pratique des masses aux quatre âges de la
société
Chap.
VI : D’une loi providentielle qui
régit la dispersion et les vicissitudes des peuples
Chap. VII :
Récapitulation
Chap. VIII :
De quelle façon l’erreur qui commettent les masses en déterminant la fin de la
société civile devient plus ou moins funeste selon la forme de gouvernement
Chap. IX :
Ce que peut faire la raison spéculative des individus en conduisant les
sociétés civiles à leur fin légitime
Chap. X :
Suite. Les fondateurs et les premiers législateurs
Chap. XI :
Que peut la raison des individus pour réformer les nations parvenues à la
corruption ultime
Chap. XII :
Suite. Les conquérants
Chap. XIII :
Suite. Les seconds législateurs, les philosophes
Chap. XIV :
Les différentes manières pour les sociétés de disparaître
Chap. XV :
Comment le Christianisme ressuscita les sociétés civiles mortellement blessées
Chap. XVI :
De la moralité restaurée dans le monde en même temps que l’intelligence
Chap. XVII :
Comment le Christianisme sauva les sociétés humaines en s’adressant aux
individus et non aux masses
Chap.
XVIII : Comment le Christianisme profita aux intérêts temporels des hommes
en les détachant des intérêts temporels
Chap. XIX :
Le critère politique tiré de la fin ultime des sociétés civiles s’accorde avec
la doctrine du Christianisme.
Chap. XX :
Relation des deux critères politiques tirés de la fin de la société.
LIVRE QUATRIÈME –
Lois psychologiques selon lesquelles les sociétés civiles s’approchent ou
s’éloignent de leur fin.
Chap.
I : Des trois stades de l’esprit, agréable, satisfait, heureux
Chap. II :
De la personnalité d l’accomplissement
Chap.
III : Le jugement qui produit
l’accomplissement constitue chez l’homme la conscience eudémonique
Chap. IV :
Le jugement qui rend l’homme accompli n’est pas purement actuel, mais habituel,
et produit un état de l’esprit
Chap. V : On
énumère les opérations que fait l’esprit humain quand il produit
l’accomplissement pour soi
Chap. VI :
On énumère les objets qui ont raison des biens réels et qui peuvent favoriser
l’accomplissement humain
Chap. VII :
Des maux correspondants
Chap. VIII :
Les biens et les maux peuvent-ils être proportionnels et se compenser
Chap. IX :
Des erreurs habituelles à ne pas faire sur la somme totale des biens existants
dans une société donnée
Chap. X :
Suite
Chap. XI :
Si les biens réels produisent nécessairement l’accomplissement de l’esprit
Chap. XII :
De la capacité du désir humain
Chap. XIII :
De la capacité satisfaite et non satisfaite
Chap. XIV :
Erreurs des sensualistes dans la méconnaissance des différentes mesures de la
capacité et de l’accomplissement
Chap. XV :
Des deux systèmes politiques de la résistance et du mouvement
Chap. XVI :
Erreurs dans lesquelles tombent le plus souvent les partisans de l’un et
l’autre système
Chap. XVII :
Suite. Selon quelle loi progresse le genre humain
Chap.
XVIII : Suite. Autre erreur des politiques du mouvement
Chap. XIX :
Suite. Troisième système, outre celui de la résistance et celui du mouvement
Chap. XX :
Suite. Si l’accroissement des besoins sur les moyens de les satisfaire apporte
toujours nécessairement l’effet que les politiques du mouvement prétendent
Chap. XXI :
Effets du système du mouvement appliqué aux sociétés chrétiennes
Chap. XXII :
Suite. La capacité propre aux nations chrétiennes est infinie
Chap.
XXIII : Suite
Chap. XXIV :
Suite. Comment la capacité infinie du désir peut rester sans objet déterminé
Chap. XXV :
Les différents états de l’esprit humain se réduisent à une seule formule
Chap. XXVI :
Description des différents états d’infélicité dans lesquels peut se trouver
l’esprit humain
Chap.
XXVII : Suite. Premières lignes d’une carte topographique du cœur humain
Chap.
XXVIII : Hiérarchie des capacités incomplètes de l’esprit
Chap. XXIX :
Préjudices politiques qui naissent des
capacités non satisfaites
Chap. XXX :
Union de la vertu et de la félicité
Chap. XXXI :
Caractère erroné du système de la résistance
Chap.
XXXII : Suite. Mouvement naturel de la société
Chap.
XXXIII : Suite
Chap.
XXXIV : Des objets des désirs
Chap. XXXV :
Loi par laquelle se développent habituellement la faculté de penser
Chap.
XXXVI : De l’influence des gouvernements sur les désirs légitimes et
illégitimes des gouvernés
Chap.
XXXVII : Nécessité de statistiques politico-morales
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Le politique peut
toujours être tenté par des discours démagogiques, ou plus exactement
sophistiques, qui flattent la masse dans ses aspirations immédiates, qui
adoptent ses vues courtes, et il s’abstient de bien les élargir conformément à
la vérité du tout qu’il dissimule, et il peut faire passer pour
« éloigné » ce qui est « prochain », pour fin réelle ce qui
n’est que moyen provisoire. Ainsi dira-t-il, pour reprendre l’exemple
rosminien, que la viande salée fait boire, or que boire apaise la soif, donc
que la viande salée apaise la soif… Et la mécanique abstraite de la production
des faux besoins, source du malheur et de la pauvreté, s’engage
irrésistiblement.
La réflexion
décisive porte désormais sur le concept de liberté qui démarque en somme le personnalisme
de Rosmini à la fois du libéralisme et du socialisme, en
dénonçant les excès de leurs tendances extrêmes, de l’égoïsme de la concurrence
anarchique des intérêts à l’asservissement aux pouvoirs coalisés exerçant une
domination de groupe.
Des deux côtés,
la vraie liberté semble compromise. Car la liberté s’enracine dans la personne,
seule unité de référence démocratique
du corps social, et elle repousse l’abstraction d’un profil moyen dont on
laisserait le soin à la force matérielle individuelle ou collective de
déterminer le contenu concret J.-M. T. Introduction…………………………………………………………………………….…………..…p.
24
La liberté
sociale requiert-elle l’obligation à l’égard du Même ? Mais qu’en est-il
donc de l’Autre.
Libéralisme et
socialisme se moquent au fond de cette altérité fondamentale. Ils ont aligné la
dignité de l’homme sur l’égalité rationnelle ou réelle, et ils ont conspiré à
l’effacement de la singularité créatrice de chacun, cette radicale inégalité
qui tient à l’acte d’exister. L’égalité qui s’impose à l’esprit est dans
la différence. C’est le peuple vivant, rencontré dans les yeux, qui ne
cesse de la manifester et ce n’est pas le peule des textes, des déclarations,
de l’abstraction des philosophes, des juristes et des politiques.
Mais sous la
liberté au sens social se trouve la pure liberté ontologique qui correspond à
l’ « indépendance » et qui dénonce la présence de
l’ « individu ». Cette indépendance et cet individu ne désignent
pas des aspects spécifiques de la nature, regardée sur le versant empirique.
Elle accuse une réalité plus profonde qui ne relève d’aucune subjectivité
inhérente à la nature, mais d’un statut existentiel dont l’esprit, dont la
lumière des idées rend témoignage. Un donné personnel ou individuel qui est
immédiat et qui est le reflet du Tout Autre en chacun. Donné que le droit ne
peut s’autoriser à déterminer et à régir, que le politique ne saurait
atteindre : donné qui est le
« droit par essence » ou absolument parlant, ou indivisible ou
inaliénable, fondement d’un droit « extra-social » ou d’un
« droit moral », c’est-à-dire ce que le droit doit s’efforcer, comme
le politique, de promouvoir, de faire-être au maximum de ses possibilités
instrumentales. Il est la fin, la seule, qui domine droit et politique à la
fois. La « substance » personnelle ou individuelle de l’homme, son
« indépendance », échappe aux règles du juridique et du politique
bornées à ses « modalités ». Elle indique la « société
invisible, (ou la « république des âmes selon Leibniz) sous la société
visible. Idem, p. 24
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Si la société
n’était qu’un regroupement de corps, il faudrait chercher la fin de la société
dans un bien les visant.
Mais comme la
réunion de simples corps ne forme pas la société et que pour la former il faut
une réunion d’êtres intelligents, il est évident que l’on doit chercher la fin
sociale en ceux-ci plutôt qu’en ceux-là.
Nous avons vu que
l’on doit considérer la partie corporelle et extérieure de la société comme le
moyen de perfectionner la partie intérieure et spirituelle, où l’homme existe
vraiment et où résident le plaisir et la perfection dont il est capable ;
c’est donc en elle que doit consister aussi la fin ultime de toute
société………………………….......Chap. I, La fin de toute société doit être un bien vrai
et humain, p. 168
…Il n’y a jamais
eu dans le monde antique une issue de quelque sorte que ce soit à
l’esclavage : ce fut une plaie sans remède………………………………………………………..Chap.
XII, Les conquérants, p. 285
Entre l’asservi et le maître, il n’y a pas d’égalité,
puisque l’asservi, en tant qu’asservi, n’est qu’un moyen dont le maître est la
fin : moyen et fin sont essentiellement et infiniment différents. Au
contraire, les personnes qui composent une société étant toutes une fin, aucune
n’étant un moyen, elles ne sont pas essentiellement différentes en tant que
telles : elles sont toutes essentiellement égales. En cela donc, et
seulement en cela, consiste l’égalité sociale. Appliquant cette doctrine
à la plus étendue de toutes les sociétés, le Divin Législateur commença l’œuvre
de sa fondation en affranchissant l’homme de l’esclavage de la faute, pour que,
devenus libres, ils soient tous par conséquent égaux, qu’ils soient tous une fin,
qu’aucun ne soit un moyen. Saint Paul, ayant baptisé un esclave en fuite,
imposa à son maître en le lui renvoyant de le recevoir, non plus « comme
esclave, mais comme un frère très cher », et il ajouta : « Si
donc tu as des égards aux liens qui nous unissent, reçois-le comme si c’était
moi ». Voilà l’égalité sociale, voilà le lien de seigneurie transformé en
lien de société. ……………….……Chap. VIII, De l’égalité sociale, p. 135.
Quel est le
principe de la vertu morale ? La vertu morale se résume à ce principe
simple : « Respectez la fin de la personne ; ne la prenez pas
comme un moyen pour vous-même ». L’objet de la vertu est donc toujours le
dignité de la personne. Mais dans cette dignité de la personne, nous avons
maintenant trouvé aussi l’origine de la socialité
humaine.……………………………………..….…..Chap. II, Du lien social, p. 113
Nous avons vu les
Indiens d’Amérique mourir parce que les peuples pauvres devenus nécessiteux par
des désirs toujours accrus, ne pouvaient pas soutenir la concurrence avec les
peuples riches. Les besoins artificiels que les riches satisfont avec le
superflu, les pauvres ne peuvent les satisfaire qu’avec le nécessaire. Les
Européens échangent donc ce qu’ils ont en abondance avec ce qui est
indispensable à la subsistance des Indiens,. Après avoir satisfait les besoins
factices, il ne leur reste plus rien, pas même de quoi vivre.
Que l’on ne croie pas que cet événement ait lieu seulement quand des peuples qui sont encore dans le degré de civilisation le plus bas se trouvent en face de peuples civilisés. C’est même un fait universel qui se résume en quelques mots : « Celui qui a les jambes les plus longues court plus vite et arrive le premier pour attraper le prix de la concurrence »………………….Chap. XX, Si l’accroissement des besoins sur les moyens de les satisfaire produit nécessairement l’effet que prétendent les politiques du mouvement, p.403.
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